On aborde un sujet, ce mois-ci dans Kambouis, qui fait débat depuis que le monde est monde… Est-il obligatoire de mettre dans les entrailles de votre moteur ROTAX série 9-, l’huile recommandé par la firme, à savoir : L’AEROSHELL OIL SPORT PLUS 4.
Pour ne rien vous cacher, le sujet est complexe et j’ai peur que des questions subsistent encore à la fin de cette lecture. On va essayer de comprendre le cadre et les enjeux.
“Obligation” est un mot épouvantable que j’essaie de supprimer de mon champ lexical. Il emprisonne le libre arbitre et limite la créativité. Dans ma vie de tous les jours, j’essaie de le croiser le moins possible. Cependant, forcé de constater que la vie en société est quand même de loin la meilleure solution, notre quotidien est donc impacté régulièrement par ce mot et les conséquences associées.
Dans notre milieu et particulièrement pour le thème abordé, l’obligation arrive par un seul chemin qui est celui de la législation. dans notre cas, par l’arrêté du 23 septembre 1998 qui stipule en son article 14 que : “Un ULM ne peut être utilisé pour la circulation aérienne que s’il est apte au vol, c’est-à-dire si, à tout moment : (f) L’ULM a été entretenu conformément à son manuel d’entretien “.
Le manuel d’entretien est élaboré par le constructeur de l’appareil. Il va donc écrire noir sur blanc, ce qu’il faut faire pour que le produit qu’il fourni conserve, le plus longtemps possible, toutes les caractéristiques nécessaires à son utilisation. Il engage donc sa responsabilité et impose des limites d’utilisation pour cadrer cette dernière.
A la partie moteur du manuel d’entretien, si le constructeur de l’ulm ne conçoit pas sa motorisation, il refilera la patate chaude de la responsabilité au motoriste avec une phrase du type “ Se référer au manuel d’entretien du moteur ”. Le motoriste à son tour s’engagera et fixera ses limites d’utilisation.
Pour résumer , on a donc un cadre législatif qui oblige à se référer au manuel d’entretien constructeur qui lui-même renvoie au manuel d’entretien spécifique pour le moteur, dans notre cas ROTAX. La loi nous oblige donc à respecter les consignes dictées par la firme autrichienne.
Dans un manuel d’entretien ROTAX série 9-, à la partie vidange, il est noté : “ Utiliser uniquement de l’huile de marque conformément au dernier manuel d’utilisation et à l’instruction technique SI-912-016 dernière édition “. (ndlr : Le 912 de la référence SI changera suivant le type de moteur 912 – 912I – 914 – 915i). Pour le choix de l’huile nous allons donc nous plonger dans l’instruction de service précitée.
L’Instruction de Service
Brand
Description
Spécification
Viscosity
Engine type
SHELL®
AeroShell Oil Sport Plus 4
RON 424
SAE 10W-40
916 iSc B
SHELL®
AeroShell Oil Sport Plus 4
RON 424
SAE 10W-40
915 i Series
SHELL®
AeroShell Oil Sport Plus 4
RON 424
SAE 10W-40
912 i Series
SHELL®
AeroShell Oil Sport Plus 4
RON 424
SAE 10W-40
912 Series
SHELL®
AeroShell Oil Sport Plus 4
RON 424
SAE 10W-40
914 Series
Cela laisse peu de place à l’imagination…
Pourquoi chercher la petite bête ? ROTAX dit : “ Mets de l’Aéroshell “ alors il faut mettre de l’Aéroshell, c’est simple comme bonjour et ils ont la loi pour eux. Oui mais… si ROTAX te dit de tuer ta soeur… Tu ne pourras et ne devras pas tuer ta sœur. ROTAX aussi est soumis à son propre cadre légal et ne peut pas imposer n’importe quoi.
Imposer une marque d’huile lui est donc théoriquement interdit. Ce sont les lois nationales et européennes sur la liberté de concurrence qui entrent en jeu. Un constructeur peut inciter le consommateur vers une marque spécifique, c’est du marketing mais pas l’obliger.
En regardant de prêt l’instruction de service, il est finalement stipulé que ROTAX demande d’utiliser uniquement des huiles moteur testées et homologuées selon la norme ROTAX® (RON 424), ce qui apporte une nuance. Ils n’imposent pas de marque mais une huile répondant à une norme interne. Ceci est donc légal. Cependant, la seule huile répondant à cette norme étant l’AEROSHELL SPORT PLUS 4, ça sent quand même la quenouille…
Poids des mots et confusion
L’instruction de service conclut sa démonstration par ces termes :
Utilisez uniquement des huiles moteur testées et homologuées selon la norme ROTAX® (RON 424)
En raison des fortes contraintes exercées sur les engrenages de réduction, les huiles contenant des additifs pour engrenages, telles que l’AeroShell Oil Sport Plus 4, sont fortement recommandées
Du fait de l’embrayage à friction intégré, les huiles contenant des modificateurs de friction sont inadaptées car cela pourrait entraîner un patinage de l’embrayage en fonctionnement normal
Évitez les huiles spécifiquement conçues pour les moteurs Diesel. Celles-ci peuvent ne pas convenir en raison de propriétés insuffisantes à haute température et d’additifs susceptibles d’affecter le fonctionnement de l’embrayage à friction
Si pour “ Utilisez uniquement ” tout le monde avait saisi le propos, les formules “ fortement recommandées ” “ inadaptées ” et “ Évitez ” , laissent davantage de confusion et ouvrent la porte à la possibilité d’utiliser d’autres lubrifiants… Vous conviendrez qu’il y a de quoi se poser quelques questions.
Techniquement, de quoi parlons-nous ?
Quand on est perdu, il faut être factuel. Quelle est la formule magique de cette huile pour être adoubée à ce point :
Viscosité (Norme SAE) :10W-40 : Jusque là, pas de quoi fouetter un âne, c’est une viscosité multigrade plutôt très répandu en automobile. Cela correspond à une huile fluide à froid pour faciliter les premières rotation et qui conserve ses propriétés de lubrification à chaud.
API : SL : C’est pas hyper moderne tout ça ! La norme API est la référence en termes de qualité et de technicité de l’huile. Au fur et à mesure du temps, les huiles gagnent en performances et une nouvelle classe API est créée à chaque nouvelle génération. Depuis 2025 la génération API est SQ.L’API SL à été créée en 2001, il y a 25 ans… Les Huiles étant rétrocompatibles, une huile SL ou supérieure (SM SN SN+ SP et SQ) serait donc utilisable.
JASO MA : La norme JASO est japonaise. Elle est surtout utilisée en moto car elle mesure les qualités de friction d’un fluide. C’est un repère important quand l’huile est en contact avec un embrayage humide. C’est le cas dans nos réducteurs quand ils sont équipés d’un limiteur de couple. Donc le JASO est important, il en existe 3 types, le MA, le MA1 et le MA2 qui ont des particularités sensiblement différentes mais pas incompatibles les unes aux autres. L’important étant d’être admis dans un de ces 3 types.
Semi-synthèse : Ce critère est logique vu les faibles performances du moteur ROTAX Série 9-. Il est clair qu’une huile minérale ne serait pas utilisable dans notre cas. En revanche, une huile 100% Synthèse pourrait aussi être utilisée.
Additifs pour Engrenages (EP) : Ce point est très important. Ce n’est pas une huile de type automobile. Elle correspond aux besoins en lubrification, refroidissement et nettoyage du moteur comme une huile automobile mais des additifs sont ajoutés pour supporter les pressions excessives des engrenages du réducteur. Les motos, ayant des boites de vitesses intégrées au moteur, sont également nourries par des huiles de ce type.
En résumé, nous sommes en présence d’une huile tout à fait banale, d’une qualité honorable mais pas extraordinaire servant à lubrifier un moteur auquel on peut associer les mêmes adjectifs. Le cadre légal est clair mais les consignes ROTAX plus confusent. Je ne conclurai donc pas avec un avis tranché sur la question car je ne souhaite pas me mettre à dos la moitié de mon public mais la norme ROTAX RON 424 étant confidentielle et les performances de l’AEROSHELL SPORT PLUS 4 largement dépassée, j’imagine qu’il serait éventuellement possible de trouver un produit de qualité au moins équivalente et surement supérieure dans une gamme d’huile moto infiniment plus développée…
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