La promesse pour 2026 au sein de la rédaction de la Gazette de l’ULM était de ne plus parler politique et fédéral. Une promesse de valeur sûrement politique, car nous voilà pour la deuxième fois cette semaine en présence d’une urgence qui mobilise la newsletter du canard pour nous permettre de décrypter l’actualité…
Avant-hier est arrivé dans la boîte mail de l’ensemble des adhérents de la FFPLUM un communiqué officiel qui est en train, à l’image de ce texte, de faire couler beaucoup d’encre. Il nous paraissait judicieux, au vu des enjeux qu’il représente, de vous partager notre analyse sur ce dernier.

La première moitié du communiqué revient sur la chronologie des événements de la semaine passée pour essayer de poser un contexte afin de justifier les décisions prises par le Comité Directeur dans les lignes qui suivront. Dans l’idée, c’est une bonne chose de contextualiser des propos. Cela permet généralement d’excuser en partie, des actions radicales.
En revanche, quand cette mise en situation sert également de plaidoirie, cela peut vite devenir indigeste et susciter de vives réactions. Ces dernières ne se sont pas fait attendre. Les réseaux sociaux se sont enflammés, au point de faire passer notre chère FFPLUM pour la plus basse des cours de récréation. Non mais c’est vrai quoi, c’est celui qui le dit qui y est…
Passons vite à la deuxième moitié de la missive qui est, de loin, la plus intéressante. Le comité directeur (appelé CD par les intimes), constitué d’une vingtaine de membres dont sept élus la semaine dernière lors de l’assemblée générale, a pris la décision de faire front et bloc pour avancer et mener à terme le mandat confié à la liste Horizon 2028.
Rester debout
La justification de “ rester debout ”, selon les termes du communiqué, est liée au fait de poursuivre les combats et les “ négociations urgentes ”, notamment celles liées à l’arrêté ULM-OPS de février 2025, sans “ fragiliser ” ou “ différer ” l’action… Le champ lexical de Police Secours utilisé ici démontre au moins l’envie et la détermination du Comité Directeur de rester en place. En revanche, resserrer les débats sur la défense d’un texte paru au Journal officiel il y a près d’un an et demi n’est peut-être pas des plus habiles. Il y a rarement d’urgence au bureau des cold cases…
Le comité directeur rappelle dans son propos que les clubs peuvent néanmoins s’opposer à cette décision en faisant usage de l’article 10 des statuts de la fédération pour convoquer une Assemblée Générale Extraordinaire dans le but de révoquer le Comité Directeur.
Je vous le glisse ici :
Article 10 – Révocation du Comité Directeur
L’Assemblée Générale peut mettre fin au mandat du Comité Directeur avant son terme normal par un vote intervenant dans les conditions ci-après :
– L’Assemblée Générale doit avoir été convoquée à cet effet à la demande du tiers de ses membres représentant le tiers des voix ;
– Les deux tiers des membres de l’Assemblée Générale doivent être présents ou représentés ;
– La révocation du Comité Directeur doit être décidée à la majorité absolue des suffrages exprimés ;
– A la suite de la révocation, l’Assemblée Générale élit un bureau provisoire.
Si vous avez des questions liées au formalisme pour l’usage de cet article, il faudra revenir… Rien n’est établi quant à la forme que doit prendre cette convocation, à ce que représente réellement, en nombre de votants, le quorum du tiers des membres représentant le tiers des voix, ou encore quelle autorité de contrôle est déployée pour juger de l’obtention dudit quorum.

Pour rappel, cette crise existentielle fédérale a été déclenchée par le rejet du rapport moral du comité directeur lors de l’assemblée générale qui a eu lieu le 11 avril dernier.
Ce rapport moral a été rejeté à 52 %. Ce rejet signifie la désapprobation, par les membres votants, des actions menées par le comité directeur. Il ne vise pas une personne en particulier mais l’ensemble d’une action menée, dans notre cas, par un comité tout entier. Ce constat est totalement injuste pour les derniers arrivés, élus après le rejet de ce rapport, mais comme dirait l’autre : “C’est le jeu ma pauvre Lucette…”
La question qui se pose est la suivante :
Comment, sans présenter un nouveau projet fédéral clair et un programme différenciant de la politique générale d’Horizon 2028, le comité directeur peut-il se sentir légitime à poursuivre l’action en rappelant simplement l’article 10 des statuts ?
C’est comme si vous vous faisiez licencier pour faute lourde un vendredi et que vous reveniez au bureau le lundi en disant à votre patron :
“ J’ai bien réfléchi, je vais rester quand même et si vous ne voulez vraiment plus de moi, vous me relicenciez. ”
Vous conviendrez du fait que la manœuvre est quelque peu cavalière…
Est-ce que le comité directeur pouvait faire autrement ?
La question est délicate. Le plus simple, dans ce genre de situation, est la démission instantanée du comité suite à la désapprobation du rapport moral lors de l’assemblée générale. L’Assemblée, à ce moment-là, aurait pu élire un bureau provisoire le temps de permettre de nouvelles élections.
Comme ça n’a pas été le cas, on se retrouve dans une impasse. La démission à contretemps d’une partie du bureau directeur témoigne du problème de gouvernance soulevé par le rejet du rapport moral, mais installe le reste du comité dans une situation très délicate. Le comité directeur n’a pas le droit de convoquer lui-même une assemblée générale extraordinaire en vue de sa révocation. À partir de ce moment-là, deux solutions sont seulement envisageables :
1 – La fuite en avant par la démission de l’ensemble des membres du Comité, plongeant la FFPLUM dans une situation inédite de mise sous tutelle par l’autorité (DGAC ou Ministère de la Jeunesse et des Sports) le temps d’une nouvelle élection.
2 – La position d’aujourd’hui prônant la responsabilité du célèbre : “Je vous ai compris”, en conservant son rôle sans légitimité en l’absence de nouveau projet fédéral et en proposant la mise en place de l’article 10 des statuts.

Comment trouver l’issue de secours ?
Dans l’état actuel des choses, le bateau n’est plus manœuvrable. Retrouver trois personnes pour remplacer les démissionnaires ne sera pas très compliqué, mais ne résoudra pas le problème, car cette crise n’est finalement pas incarnée. C’est un problème plus profond que cela, c’est un problème de confiance.
Il faut donc maintenant regagner en légitimité et, pour cela, pas vraiment d’autre choix que de poser la tête sur le billot et présenter le cou.
Le comité doit travailler sur les deux solutions en parallèle. Il doit, d’un côté, vite se mobiliser pour réélire un bureau et présenter un nouveau projet fédéral avec une vision claire pour l’avenir et, de l’autre, faciliter l’application de l’article 10 pour rendre la révocation possible.
Se confronter à l’échec de façon transparente et demander l’adhésion à son projet sera la seule sortie de crise possible…
