ÇA BRICOLE DANS LE NID DES AIGLONS

Il y a des vols qui ne donnent pas toujours envie d’être réalisés. Il fait froid, La nav’ prévue dépasse les deux heures et le Métar indique : ÇA PASSE MAIS CEST PAS OUF… Pour couronner le tout, je délaisse aujourd’hui le confort de mon Calidus pour monter à bord d’un autogire ouvert… “ La gueule au vent, ça c’est vraiment de l’ULM ”. Ok, mais c’est pas bien chaud quand même le vrai ULM…

Pourquoi ce vol ? Pour rejoindre Michel, à l’Aigle, petite ville située dans l’Orne en Normandie. Michel vient d’acquérir un MTO de chez Autogyro en provenance directe de l’Atelier et après avoir sympathisé par téléphone et entendu ce passionné me parler du projet fou de son club d’assembler un Kiebitz, je me suis proposé de réaliser le convoyage pour mêler mes deux passions, le dévouement pour les clients de l’atelier et celui pour les lecteurs de la Gazette !

L’arrivée au nid

Je me pose donc sur l’aérodrome de l’Aigle (LFOL) en début d’après-midi. Ludo, votre pilote d’essai préféré, me précède d’une bonne quinzaine de minutes pour me servir de taxi retour. Notre visite va malheureusement être express car le soleil n’est pas encore au sommet de sa forme en ce mois de février. Nous passerons donc une petite heure en compagnie de la fine équipe du club ULM Aiglon. 

Quel plaisir de rencontrer des passionnés ! Le sourire et la bienveillance sont de rigueur. Je me laisse guider par Michel, Alain et leurs amis sur cette plateforme qui sent bon l’ULM. On traverse rapidement les hangars ornés de leurs machines perso et de celles du club pour s’approcher le plus vite possible du graal.

Du kit à la réalité

Le Kiebitz est là, au milieu du dernier bâtiment, trônant aussi fièrement que ses créateurs. Encore une dizaine de membres du club à l’ouvrage. Les ailes sont sur tréteaux pour recevoir les derniers soins avant l’assemblage. Le Rotax 912 est accroché à l’avant du bi-plan prêt à faire feu. Il reste encore du travail de finition mais on s’approche gentiment du premier vol. L’ambiance dans cet atelier est chargée de souvenirs. Trois ans que cette troupe est à l’œuvre pour transformer ce tas d’alu, de bois et de toile en avion. Ils ont dû passer par toutes les émotions.

Un projet comme ça est compliqué, engageant et semé d’embuches. Chacun a apporté son savoir-faire personnel et ils ont appris tous ensemble ce que personne ne savait faire. Ils sont restés unis, sérieux et rigoureux pour construire ce puzzle géant. Sur la boite était noté 1000 heures. Malgré une détermination sans faille, ils auront eu besoin du triple avant de poser les dernières pièces.

A l’heure où vous lisez ces lignes, les outils sont pour la plupart rangés dans leur boites, il reste encore quelques réglages mais on peut considérer que le projet est terminé. Chapeau les gars !

Mais pourquoi se donner tant de mal

On ne va pas se mentir, Le Kiebitz est loin d’être l’ulm parfait. Les performances sont très modestes, le rendement inefficace et la technologie d’un autre temps. En revanche, il a de la gueule cet ULM ! Un bi-plan “old-school” comme celui-là apporte un capital sympathie monstrueux pour un club. Nos Aiglons ont pour objectif de partager des vols entre eux bien entendu mais aussi de faire profiter au plus grand nombre des bienfaits de leur nouveau jouet en réalisant des baptêmes de l’air. Le montage d’un kit rassemble et fédère, une machine atypique attise la curiosité. Le Kiebitz est donc, par conséquent, le combo idéal pour dynamiser la vie d’un club.

Toutes les bonnes choses ont une fin

Il est déjà l’heure de partir. Le sablier s’est égrené à vitesse grand V. C’est malheureusement souvent comme ça quand les moments sont agréables. Nous profitons d’un dernier instant au sol pour faire un tour des installations du club et nous restaurer quelques minutes dans leur nid douillet avant de reprendre les airs. Sans aucun doute, nous repasserons les voir et pourquoi pas pour un essai machine ?? Quoi qu’il en soit, s’il vous plaît, faites moi plaisir. Si un jour, vous venez à survoler l’aérodrome de L’Aigle St Michel et que vous apercevez un drôle d’oiseau à quatre ailes de feu et d’or, posez vous un instant pour faire connaissance avec les propriétaires et n’oubliez pas de les saluer de ma part !