LA CONFÉRENCE DE PRESQUE

Dans un souci d’améliorer la transparence et de tenter d’apaiser les esprits après la sortie de l’arrêté OPS du 17 février 2025 relatif à l’utilisation des ULM, la FFPLUM nous a conviés à un point presse. Une première pour la FFPLUM et pour être honnête, une première pour nous aussi en fait… Nous avons donc aiguisé nos crayons et rejoint nos hôtes dans leurs locaux de Maisons-Alfort. L’accueil, à l’image du bâtiment, fut simple et cordial. 

Le powerpoint s’est allumé dès le café de bienvenue avalé et je vous avoue bien volontiers avoir pris peur… Nous avons eu droit à un exercice “fédéral” de haute voltige avec rétrospective 2024 chiffrée me faisant terriblement regretter d’avoir quitté mon lit 6 heures plus tôt pour m’arracher à ma campagne Vendéenne.

Fort heureusement les débats se sont vite recentrés autour du vrai sujet de la matinée, l’arrêté publié au journal officiel deux semaines plus tôt. Pour résumer la situation, le message martelé par notre instance fédérale était de nous assurer que cet arrêté fut le fruit d’un long travail initié par la DGAC et qu’ils ont, de leur côté, tout fait pour en limiter au maximum les contraintes législatives.

LÉGER COMME UNE PLUM

De leur propre aveu et sans forcément initier chez nous un sentiment de surprise, leurs arguments n’ont malheureusement pas pesé lourd dans la balance. Il ont essayé de manoeuvrer tant bien que mal pour atténuer les atteintes liberticides de la DGAC avec, en ligne de mire, l’objectif de simplifier au maximum le texte pour les clubs affiliés.

De ce fait, par exemple, l’obligation de visite médicale de classe 2, dans le cadre d’activités rémunérées, s’est vu transformée en certificat médical de généraliste sous conditions d’âge ou encore, le statut de VLD (vols découverte), en faveur des organisations à but non lucratif, est apparu pour diminuer légèrement les contraintes administratives associées aux activités rémunérées. Sur ce dernier point, à bien y réfléchir, je ne suis pas certain que les limitations d’exploitation imposées aux VLD soient proportionnelles aux maigres “privilèges” octroyés.

DANS QUEL BUT LÉGIFÉRER ?

A cette question, les faciès sont plus serrés. Plusieurs raisons ont poussé la DGAC, sous pression de l’EASA (Agence de l’Union Européenne pour la sécurité aérienne) à agir. L’activité ULM “à la Française” est marginale au sein de l’union européenne. L’aspect ultra libéral de notre pratique n’arbore pas forcément des couleurs dont la DGAC pourrait se glorifier. Il y a donc une volonté européenne à l’harmonisation des pratiques. En s’appuyant sur une recommandation du BEA, étayée par plusieurs rapports d’accident ayant eu lieu avant 2016 dans le cadre de baptêmes de l’air en ULM, la DGAC a donc choisi d’attaquer ce dossier avec l’argument de la sécurité. Cette attention est louable. Nous pratiquons effectivement une activité à risques et, nous serons tous d’accord pour dire qu’un accident est un accident de trop, il n’y a pas de problème là-dessus. En revanche, ce qui est terrible avec la sécurité, c’est qu’il n’y a rien à y opposer. C’est une carte joker, un atout imparable. Aucune personne, aussi habile soit-elle en politique, ne peut opposer un argument tangible face à un problème de sécurité. En mettant cette problématique en avant, la DGAC s’offrait finalement le champ libre pour écrire ce qu’elle voulait.

La notion de sécurité d’accord, mais dans ce cas, quel était l’intérêt de légiférer massivement sur les baptêmes de l’air (vol découverte, vol à titre onéreux, vol rémunérés, appelez les comme vous voulez…). Est-ce que la sécurité, ou autrement dit, le risque induit par notre pratique est liée au fait d’obtenir une rémunération de notre passager ? Bien évidemment que non… En revanche, obtenir rémunération est lourd de conséquences. Cela transforme un vol poétique en vulgaire transaction commerciale avec les obligations et les assurances associées… D’un point de vue risques financiers, cette prestation de service se devait donc d’être mieux encadrée. 

Et enfin pour finir, le dernier point abordé, entre deux quintes de toux, était la possibilité qu’un lobbying externe, sous prétexte d’une concurrence déloyale, ait forcé un peu le destin. Ce n’est pas complètement impossible que la simplicité de l’ULM permette de réduire les coûts d’utilisation et d’exploitation rendant le ticket de manège plus attractif que pour d’autres activités aériennes…

QUELLES SERONT LES CONSÉQUENCES DE CET ARRÊTÉ

Le sujet, aussi surprenant que cela puisse paraître, est abordé par la FFPLUM de façon extrêmement sereine. Le comité directeur de la fédération se veut rassurant quant aux contraintes administratives associées à ce texte de loi.

“ Les clubs sont prêts. Beaucoup d’entre eux sont déjà armés pour y faire face. Nous accompagnerons les autres, notamment avec notre guide pratique sur l’arrêté “ nous explique Christian SANTINI, président nouvellement élu de la fédération.

Cette vision idyllique de la situation aurait pu nous rassurer mais nous nous sommes quand même permis de soumettre certains doutes sur les facultés d’associations, créées avant tout dans le but de partager une passion et de passer de bons moments, à faire face à toutes les subtilités de l’arrêté. Espérant nous tromper, nous ne pouvons à ce stade que faire confiance à la promesse. Croisons les doigts pour que l’accompagnement fédéral promis ne se résume pas à l’édition d’un guide… 

De notre côté, nous vous avions promis, dans le précédent numéro, de vous apporter davantage de précisions sur les exigences de cet arrêté. Nous sommes au regret de ne pouvoir le faire sur ce numéro. Le diable se cachant dans les détails, notre travail de lecture et de décryptage n’est pas encore terminé. Rassurez-vous, nous ne sommes que des pilotes déguisés en journalistes et nous n’avons absolument pas la capacité de travail d’une fédération nationale.

QUAND L’AVIATION CERTIFIÉE S’INVITE À NOTRE TABLE

La fédération avait “fait le job” en nous réunissant autour d’une table pour nous expliquer ces transformations dans un climat serein et apaisé. C’était presque une vraie conférence et ils nous avaient presque convaincus. En toute franchise, je peux vous assurer qu’ils ne se sont pas si mal débrouillés. Nous avons trouvé cette nouvelle équipe, tronquée de la moitié de ses membres (indisponibles un jeudi matin), volontaire, engagée et, ça ne mange pas de pain, sympathique. Gardons à l’esprit qu’ils héritent d’un passé chargé, nous leur devons au moins le bénéfice du doute.
La conférence aurait donc pu s’arrêter là. Nous conservions quand même le sentiment d’inachevé quant à la formule On a fait ce que l’on a pu, mais le dialogue est compliqué avec l’aviation certifiée. C’est facile et finalement adapté à toutes les questions dérangeantes… Un sentiment frustrant qui aurait dû nous accompagner jusqu’à la fermeture de nos calepins mais c’était sans compter sur notre confrère d’Aviation et Pilote qui, bien malgré lui, s’est vu illustrer cette complainte par l’exemple…

LA FRATERNITÉ DES TORCHONS

Ce monsieur, dont je tairai le nom (parce que je ne l’ai pas retenu…) nous demande de gagner en sagesse. Il souligne le fait de ne pas nous plaindre de ces nouvelles règles très “light” vis-à-vis de l’aviation certifiée. De son propre aveu, il ne comprend même pas comment un ULM peut voler sans une visite annuelle dans un atelier agréé, sans logiciel de masse et centrage et sans contrôler régulièrement les compétences des pilotes… Une homélie condescendante, bourrée de certitudes et de préjugés, musclant la suite du débat et nous ralliant instantanément au comité directeur de la fédération. L’esprit ULM s’est alors réveillé, la fraternité des torchons face aux serviettes s’est mise en marche…

Mon cher monsieur, je tenais par ces mots, à vous remercier. Vous nous avez permis de comprendre l’ampleur de la problématique. Sachez que ce n’est pas en arborant, par opportunisme, un pictogramme “ULM”, en haut à gauche d’une couverture de magazine, que l’on devient un torchon digne de ce nom. Nous partageons le même ciel mais nous ne vivons clairement pas dans le même monde… Ce besoin de tout maitriser par l’empilage de procédures est mortifère. Vous ne concevez pas l’aviation sans ceinture et bretelles ? Ce sont, pour nous, des accessoires que l’on laisse bien volontiers aux clowns. Je ne peux malheureusement pas vous contredire, c’est un fait, l’ULM tue… Vous conviendrez que la bouée tractée, l’équitation et la course à pied tuent également et que d’une manière générale vivre provoque régulièrement la mort… Pour ce qui est de l’aviation, soyez tranquille car en y réfléchissant bien, il n’est quand même pas rare de voir, quand les torchons s’envolent, les serviettes bien pliées, coincées sous une tonne de paperasses et de contraintes, dans le fond du hangar… 

Nous avons pris conscience lors de cet échange que l’avenir de l’aviation populaire se jouait sûrement dans les années qui arrivent. Par pitié, ô grand législateur, ne nous transformez pas en serviettes…