A propos de L'auteur

S’il suffisait d’oser… Partie 1

(Philippe Morillon.: Pilote sur Skyranger Swift / moteur Jabiru, basé à Blois Le Breuil.Participant du Grand Prix de France 2023, Philippe est un pilote avide de liberté de grands espaces…)

Au milieu des machines profilées aux allures racées, se trouvait sur le tarmac, un authentique ULM:

Un Skyranger Swift moteur Jabiru. 

C’est notre Philou national, véritable aventurier, qui a fait le vol depuis Blois pour retrouver l’équipée à Tana del Volo (en Sardaigne) et a vaillamment traversé la Méditerranée et rallié l’Afrique.

Le trajet depuis Blois

A travers son périple, Philippe Morillon nous rappelle ainsi qu’il n’est nul besoin d’une machine qui coûte le prix d’une maison pour goûter à l’aventure avec un grand A.

Philippe Morillon, participant au Raid Fly’in Tunisia, aux côtés de Mohammed Mattaoui

Nous sommes bien évidemment fiers de notre ami Philou qui représente à lui tout seul les valeurs de l’ULM qui nous sont chères. Ses qualités humaines font de lui un véritable ambassadeur de cet ULM qui rapproche les hommes, cet ULM qui rend meilleur.

Philippe nous livre ici le récit de ses aventures:

Philippe Morillon embarque un passager à bord de son skyranger Swift

Journal de Bord d’un Apprenti Aventurier : Du Centre de la France à la Méditerranée

Le compte à rebours est lancé : la pression monte. Aujourd’hui, c’est décidé, je participe au Fly’in Tunisia

Seul, ce voyage est impossible.

Pour l’expédition, je me suis équipé : une combinaison de surf, une balise GPS, de la poudre fluorescine, et des cartes couvrant l’ouest de l’Italie et le sud-est de la France. Depuis mon périple à Persan pour la Grillade de la Gazette, les questions se multiplient. Avec un vent arrière de 80 km/h, j’atteignais 200 km/h, une vitesse inédite pour mon Sky. Mais le retour d’un vent de face à 50 km/h m’a ralenti à 70 km/h, brûlant 40 litres d’essence. Et si cela m’arrivait au milieu de la Méditerranée ?

Préparer la traversée : un défi de taille

La clé est de choisir le bon moment pour traverser. Le staff du Fly’In Tunisia distribue des cartes de la Tunisie, avec les points d’entrée pour chaque aéroport. Le 9 mai, je reçois le programme et les étapes : trois atterrissages sur des pistes de sable dans le désert, à une altitude maximale de 1000 pieds. Heureusement, Air Navigation Pro, avec ses cartes internationales et sa météo en direct, m’apporte une aide précieuse.

Jour de départ : 11 mai

Je me rends au hangar de Blois-le-Breuil. Je sors le Skyranger, charge l’équipement, effectue la visite pré-vol, et ferme le hangar. Cette fois, pas de retour en arrière. Je décolle sous un ciel laiteux, qui devient radieux après la Loire. Ma route magnétique de 139° me mène à travers Romorantin, Vierzon, Bourges, puis je passe sur la carte nord-ouest avant de basculer vers celle du sud-est pour traverser Saint-Amand-Montrond et Montluçon, en contact radio et avec le transpondeur allumé. Ensuite, je passe par Clermont-Ferrand, où je commence à attaquer la montagne à 4000 pieds : Ambert, Yssingeaux, Privas, et j’aperçois le mont Gerbier des Jonc, source de la Loire.

Atterrissage intermédiaire : Montélimar

Passant sur la carte sud, je traverse Montélimar, entre Pierrelatte et Valréas, pour atterrir et refaire le plein des 20 litres habituels sur une base privée. À l’extrémité de la piste, un attroupement autour de grandes maquettes au sol m’interpelle. Un homme m’interroge sur ma présence. Je lui explique que je suis là pour refueler. Il m’avertit que la zone deviendra une ZRT dans une demi-heure. Je comprends que ces maquettes sont des drones, je dois vite redécoller.

Vol au-dessus des zones militaires

En vol, j’entre dans les zones rouges de la carte. Je contacte Salon-de-Provence pour naviguer à travers les points d’entrée définis, rendant compte à chaque verticale. Le paysage est magique en bas : la Durance et de magnifiques falaises de granit. J’arrive à Aix-les-Milles, m’annonce et atterris.

Le défi de la navigation

Après une nuit passable sous la tente, je repars le lendemain. Je demande une route directe vers Saint-Tropez, qui est accordée. À la verticale de Saint-Tropez, je vérifie mon réservoir : 20 litres consommés en 45 minutes. Survolant la mer, la panique me gagne. Je ne pourrai pas traverser avec cette consommation. J’annonce mon retour pour refueler, mais les militaires de La Môle ne m’autorisent pas et me dirigent vers Cuers. J’y vais, atterris, et me dirige vers la pompe, où je trouve du 100LL et du UL91 à 2,43 € le litre. Je fais le plein et décide que c’en est assez pour aujourd’hui.

Nuit improvisée et départ vers la Sardaigne

Je plante la tente sous l’aile et le gardien vient collecter 10 €. Je prépare mon nouveau plan de vol et rappelle Bordeaux BRIA, qui sont très à l’écoute et m’aident à réduire le stress. Le 13 au matin, je redécolle et demande une directe vers Saint-Tropez. Accepté, j’aperçois Port Grimaud avec ses canaux et maisons particulières. La côte s’éloigne, et c’est le grand saut. Je mets ma combinaison de surf, la balise, le gilet autour du cou et la pochette de fluorescine dans la combinaison.

Traversée de la Méditerranée

Mon cap 100° m’emmène vers le point Merlu, où l’horizon se confond avec la mer. Les nausées me gagnent, mais je me concentre. Le stress s’évacue peu à peu, le Jabiru tourne comme une horloge. Je rends compte à chaque point de cheminement au SIV de Nice.

Arrivée à Ajaccio

Passé Merlu, je change de cap. Mon nouveau cap compas est de 148°, et je vérifie mon réservoir : tout va bien, j’arriverai à Ajaccio. Une agréable voix féminine me demande de rappeler au nord-ouest. J’arrive en vue de la baie. Après un survol des collines, je découvre la magnifique vue de la baie. L’AFIS me demande de me dépêcher, un avion doit bientôt décoller. J’accélère et m’annonce pour demander les paramètres. L’AFIS m’informe que je suis numéro un, vent nul, je choisis ma piste. Royal ! Je fais une finale 02 directe, une piste de 2400 mètres pour moi seul.

Accueil à Ajaccio

La contrôleuse me dirige vers le parking aviation générale. Heureux d’être arrivé et d’avoir traversé.

J’attache le 62 ABV, retire le gilet, la balise, ma combinaison de surf. Ouf, je respire, enfin heureux de l’avoir fait.

L’accueil m’emmène chercher de l’essence. On me propose un restaurant “Tahiti” pour déjeuner. J’accepte et rentre tranquillement par la plage, pieds nus dans le sable chaud. Je m’octroie un petit break devant cette belle baie d’Ajaccio aux eaux transparentes.

Un repos bien mérité

De retour à l’aéroport, on me demande où je vais dormir. Je réponds: “Ben ici, sous l’aile, dans ma tente”. On me dit que ce n’est pas possible. Le parking ferme à 20h00 et rouvre à 8h00. Zut j’avais un plan de vol pour 7h du matin. Finalement, je décale mon plan de vol et rappelle Bordeaux pour un décollage à 9h00. Je cherche un endroit pour dormir et trouve un coin isolé sous un arbre.

Départ matinal

À l’aube, il ne fait pas trop chaud, je garde mon duvet sur mes épaule et je me dirige vers les portes du parking.

Je remarque une fuite d’essence sous l’avion. Heureusement, j’ai des outils basiques pour réparer. C’est le presse-étoupe qui traverse la cloison pare-feu qui s’est dévissé. La fuite est réparée et je peux partir sereinement d’Ajaccio vers la Sardaigne.

“Dans le prochain numéro, la suite des aventures de Philou et sa traversée de la Méditerranée.