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Apprenti Mécano : Le casse-tête du pilote ULM

La mécanique est un vaste sujet auquel je ne voulais pas forcément m’attaquer au sein de ce magazine… Pourquoi ? Et bien peut-être simplement pour conserver une frontière entre ma vie pro et ma vie perso, peut-être pour préserver cet exutoire lyrique de ma routine quotidienne, de mon train-train qui trône déjà, sans concurrence aucune, au sommet de mes occupations. Cependant, comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, je vais faire une entorse à mon règlement pour que l’on se pose un instant sur ce qui se cache derrière ce mot de misère : La Mécanique…

On m’a appris que la mécanique était l’art des jeux. Globalement, tout ce qui vous entoure, sans vous en rendre compte, est mécanique. Un exemple ? Quand vous ouvrez une porte, vous exercez une force (un moment de force pour les puristes…) sur un système permettant de déplacer une cloison mobile pour vous donner l’accès à un espace situé derrière cette cloison… Pas mal non ? C’est purement mécanique ! Ne nous égarons pas de trop, je voulais juste illustrer le fait que cette discipline est omniprésente dans notre quotidien, qu’elle est indispensable aux hommes depuis que le monde est monde mais qu’elle a une tendance injustifiée à effrayer bon nombre d’entre nous.

Pour un simple moldu, il n’y a pas vraiment de problème à se tenir à l’écart de la discipline. Il est tout à fait possible de vivre dans l’ignorance. Il n’y a pas de danger majeur et l’on connaît tous, de près ou de loin, quelqu’un de sympathique prêt à  nous venir en aide en cas de besoin. Pour un simple moldu oui, mais pour un pilote ULM ce n’est pas vraiment la même histoire….

Pilote et mécanicien

Manque de bol, vous avez choisi un des seuls loisirs qui va exiger de vous d’avoir quelques notions de mécanique pour vous permettre d’entretenir et de surveiller votre machine. Votre liberté de voler repose sur vos épaules. Vous êtes commandant de bord d’un ULM et le fait que votre machine vole ou non est de votre responsabilité ! Se vacher en ULM n’est jamais drôle et peut avoir de lourdes conséquences. Sans parler du bruit et de l’image que cela amène à notre discipline. Vivons heureux, vivons cachés et surtout restons en l’air. Pour le bien de toute notre communauté, suivez-moi et ouvrons les capots !

Posons les bases

Votre machine, peu importe la classe, est composé de deux parties :  la cellule, l’aéronef proprement dit (dans lequel nous pouvons inclure l’aile pour les paramoteurs et les pendulaires) et le moteur englobant tous les sous-ensembles servant à la propulsion ou à la traction de l’appareil. Ces deux parties vont nécessiter un entretien pour rester en état de fonctionnement. C’est inévitable ! Quoi qu’il arrive, que vous ayez une utilisation intensive ou dilatante, régulière ou occasionnelle, votre ulm ne sera pas le même d’une fois sur l’autre. Il ne peut rester figé dans le temps et se dégradera inéluctablement… Il faudra donc avoir deux concepts en tête : l’inspection et l’entretien. Il sera impossible de tout détailler en un seul article mais nous pouvons déjà essayer d’en poser les grandes lignes.

L’inspection

Ou dans un jargon plus aéro, la prévol ! C’est lors de cette phase que tout se joue. Nous ne sommes pas à cet instant à réaliser notre nav, à alimenter l’ulm en carburant, ou à réaliser les actions vitales. La prévol est une phase d’inspection de l’appareil pendant laquelle nous devrons déceler rapidement un problème mécanique potentiel. Enlevez vous tout le reste de la tête, nous passons en mode inspecteur gadget ! 

Étant enfant, nous avons supporté l’injonction la plus pénible de la terre qui était de surtout toucher avec les yeux… Les amis, il va être temps maintenant d’apprendre à regarder avec les mains. N’ayez pas peur de vous mouiller, tout doit y passer ! Plus vous passerez de temps à observer votre machine, plus vous développerez d’automatisme vous permettant de déceler un éventuel problème. L’inhabituel vous sautera alors au visage. Sur la cellule, contrôlez le train principal (Pour les paramotoristes en déco à pied… Faites vos lacets !), la roue avant ou la roulette de queue. Secouez les gardes-boue, regardez les pneus, l’état des roulements, les freins. Soyez à la recherche d’éventuelles criques (fissures ou amorce de fissures) frottez la crasse, la graisse ou la boue qui vous gênerait pour être sûr de tout regarder. Inspecter le châssis, les commandes de vol, les câbles, le fuselage, les réservoirs, les sièges… Bref regardez tout ! Un jeu anormal, une corrosions excessive ou une pièce cassée n’est pas une situation d’avenir et devra forcément être revu rapidement. Pour le moteur, c’est la même chose et comme nous ne sommes pas équipés d’un œil (ou de deux yeux d’ailleurs…) bionique, il va falloir enlever les capots ! Contrôlez la fixation des éléments, l’état des circuits de carburant, de lubrification et de refroidissement. Soyez à la recherche de fuite, de fils coupés, de vis ou de supports cassés et faites vos niveaux ! Prenez votre temps, scannez l’appareil dans tous les sens et plus l’exercice sera répété plus il sera facile et rapide.

L’entretien

Entretenir son ULM est capital pour le conserver en état de vol. Si, dans la philosophie de notre discipline, l’appareil doit être simple de conception et facile à entretenir, il est vrai que plus les machines évoluent, plus cette affirmative est nuançable… 

Cependant et pour longtemps je l’espère, cette tâche vous est confiée. Ne faites pas la mou, tout l’esprit de notre mouvement repose là dessus, alors il va falloir relever les manches. Informez-vous, prenez connaissance des document techniques, cellule et moteur de votre appareil et, si vous vous sentez perdu, faites vous aider ! Il n’y a pas de honte à ça. Être conscient de son ignorance, c’est tendre vers la connaissance…  (C’est pas de moi ça mais de Benjamin Disraeli)

Ne faites pas confiance à la chance et au hasard dans ce domaine. Bon nombre d’accidents ont eu lieu suite à une opération de maintenance inefficace. Surveiller les butées horaires et calendaires des différents éléments composant votre aéronef.

C’était un premier pas en mécanique pour la gazette. Nous allons essayer de traiter différents sujets au fur et à mesure des numéros pour apporter quelques clés simples pour réaliser un entretien sérieux de votre machine. Je ne souhaite pas entrer dans des thèmes trop complexes qui n’auraient aucun intérêt pour le plus grand nombre mais plutôt me servir des erreurs et des astuces que je croise tous les jours à l’atelier pour vous apporter un éclairage sur les bonnes pratiques régulières à adopter. 
Un dernier conseil… Si vous avez une question, une panne plus sévère ou un diagnostic à poser, utilisez davantage le joker “coup de fil à un ami” plutôt que de demander “l’avis du public”. Un mécanicien aura, pour poser un diagnostic, besoin de pas mal d’infos et vous aiguillera dans le bon sens. Jeter une question en l’air sur les réseaux n’apporte généralement rien de bon, attire les moqueries et laisse place à des réponses toujours  farfelues. Sur les réseaux, il y a les sachants qui sachent… et croyez-moi un sachant sachant sacher sache rarement sur facebook. Il y a ceux qui croivent sacher (ce sont les plus dangereux) et il y a ceux qui, comme vous, à l’affût d’un bon conseil, vont récupérer l’info alors que leur problème est peut-être ressemblant mais en réalité différent. Faites attention à ce que vous lisez et n’hésitez pas à pousser la porte d’un atelier…